« Terre d’Innovation permet de montrer que les territoires ruraux sont aussi des territoires d’avenir »
Le Syndicat Département d’Énergie de l’Yonne (SDEY) a été à l’origine de la démarche Terre d’Innovation, pensée pour valoriser les communes qui agissent concrètement en faveur de la transition énergétique, de l’éclairage public, de la mobilité ou du cadre de vie.
Avec Émeline Rimbault, DGS, et Nicolas Lux, DGA, retour sur un label né du terrain, construit avec les équipes et désormais amplifié au niveau national par la FNCCR.
Un outil de reconnaissance, mais aussi de pilotage, au service des élus locaux et des territoires ruraux.
Pourquoi le SDEY a-t-il souhaité s’engager, dès l’origine, dans la démarche Terre d’Innovation ?
Émeline Rimbault : Le SDEY n’a pas seulement rejoint la démarche : il en est à l’origine ! L’idée est née dans l’Yonne, avec une conviction simple : les communes rurales innovent elles aussi, souvent de manière très concrète, mais ces initiatives restent parfois peu visibles. Terre d’Innovation a été imaginé pour mettre en lumière ce dynamisme local et reconnaître l’engagement des élus qui agissent sur le terrain.
Nicolas Lux : L’enjeu était aussi de valoriser les communes actives dans les domaines de l’énergie, de la transition énergétique, de l’éclairage public, de la mobilité ou encore du cadre de vie. Ce sont des sujets majeurs pour les territoires. Il fallait donc construire un outil à la fois sérieux, lisible et utile, capable de récompenser les initiatives locales tout en donnant aux communes une vraie reconnaissance.
Quel rôle les équipes du SDEY ont-elles joué dans ce lancement ?
Nicolas Lux : Les équipes ont joué un rôle déterminant. Il a fallu construire un référentiel, définir des critères justes, mais aussi veiller à ce qu’ils soient simples à suivre et à actualiser. C’était indispensable, car l’analyse est réalisée chaque année. La démarche devait donc être rigoureuse sans devenir trop lourde pour les services.
Émeline Rimbault : C’est aussi un travail transversal. Les données nécessaires à la labellisation concernent plusieurs services du Syndicat. La réussite de la démarche repose donc sur la capacité à collecter, organiser et fiabiliser ces informations au fil de l’année. C’est cette mobilisation collective qui permet de faire vivre le label dans la durée.
La constitution de la documentation de preuves est-elle compliquée ou longue à établir ?
Émeline Rimbault : Au départ, cela demande effectivement du travail. Il faut identifier les bonnes données, les structurer et définir précisément ce que l’on souhaite mesurer. Chez nous, sur un territoire qui compte 423 communes, cela représente un vrai point d’attention. Mais une fois que la méthode est posée, les mises à jour annuelles deviennent beaucoup plus rapides.
Nicolas Lux : La documentation de preuves n’est pas forcément compliquée à obtenir. Elle peut reposer sur des éléments très concrets : le linéaire de réseaux basse tension dissimulés dans une commune, la rénovation globale de l’éclairage public, ou encore les actions engagées en matière d’optimisation énergétique. L’essentiel est d’organiser la collecte de manière continue, plutôt que de tout reconstituer au dernier moment.
Le jury reste une option dans la démarche. Que peut-il apporter concrètement à la reconnaissance du travail réalisé sur le terrain ?
Nicolas Lux : Le jury permet d’aller au-delà de l’analyse documentaire. Il crée une relation de proximité avec les élus locaux et permet de se rendre sur le terrain pour rencontrer celles et ceux qui portent les projets. Pour un maire, recevoir une délégation extérieure venue reconnaître une initiative exemplaire est un moment important et valorisant.
Émeline Rimbault : C’est aussi un temps d’échange très utile. La commune peut présenter ses réalisations, mais aussi évoquer ses difficultés, ses projets ou ses besoins d’accompagnement. Avec les membres du jury et les représentants des services du SDEY, il est possible de faire émerger des solutions, de dégrossir certains sujets et d’apporter un soutien concret. Le jury n’est donc pas seulement un outil de distinction : c’est aussi un moment de dialogue avec le territoire.
La FNCCR a repris et amplifié la démarche avec la création des Grands Prix nationaux Terre d’Innovation. Qu’est-ce que cette dimension nationale change ?
Émeline Rimbault : La dimension nationale apporte une vraie émulation. Elle permet de montrer que les actions conduites localement ont du sens au-delà du territoire qui les porte. Grâce à la FNCCR, les initiatives des communes et des AODE peuvent rayonner à l’échelle nationale.
Nicolas Lux : Elle permet aussi de créer un réseau de partenaires engagés dans la démarche. Les syndicats peuvent échanger sur leurs pratiques, partager leurs retours d’expérience et s’inspirer mutuellement. Par exemple, en 2025, le président du SE61 a participé au jury du SDEY afin de mieux s’approprier la démarche avant d’envisager son lancement sur son propre territoire. C’est bien la force d’un réseau national : chacun peut progresser à partir de l’expérience des autres.
Cette reconnaissance nationale change-t-elle aussi le regard porté sur les petites communes ?
Nicolas Lux : Oui, très clairement. Les petites communes portent souvent des projets remarquables, mais elles ne disposent pas toujours des moyens de les faire connaître. Terre d’Innovation leur offre une reconnaissance structurée, visible et crédible. Le prix du jury ou le prix du président permettent notamment de valoriser des démarches qui n’auraient pas forcément été mises en avant autrement.
Émeline Rimbault : C’est l’un des intérêts majeurs de la démarche : montrer que l’innovation n’est pas réservée aux grandes villes. Une commune rurale peut être exemplaire en matière d’éclairage public, de sobriété énergétique, de mobilité ou de cadre de vie. Le label donne à ces actions une visibilité nouvelle et rappelle que les territoires ruraux sont aussi des territoires d’avenir.
Avec le recul, quel conseil pratique donneriez-vous aux techniciens d’une autre AODE qui souhaiteraient engager leurs communes dans la démarche ?
Émeline Rimbault : Je leur dirais de ne pas avoir peur de se lancer. Le démarrage demande un peu de méthode, mais la démarche est progressive. Elle permet de structurer des informations que les services détiennent déjà souvent, parfois de manière dispersée.
Nicolas Lux : Le début d’un nouveau mandat municipal est une période particulièrement propice. C’est le bon moment pour proposer aux élus et à l’exécutif de s’inscrire dans une démarche qui valorise la proximité, l’action concrète et les initiatives de terrain. Terre d’Innovation n’est pas seulement un label : c’est un outil pour reconnaître le travail des communes et accompagner leur progression dans la durée.
En résumé, que représente Terre d’Innovation pour le SDEY ?
Nicolas Lux : C’est une démarche de reconnaissance, mais aussi un outil de pilotage. Elle permet de rendre visibles les actions déjà engagées, d’encourager les communes à aller plus loin et de montrer l’importance du rôle joué par les syndicats d’énergie à leurs côtés.
Émeline Rimbault : C’est aussi une façon de raconter positivement les territoires. Derrière chaque commune labellisée, il y a des élus, des techniciens, des projets, des choix concrets. Terre d’Innovation permet de leur donner une visibilité et de montrer que l’innovation territoriale se construit aussi dans la proximité.

